dimanche 8 novembre 2026
samedi 7 novembre 2026
Barbara Cassin et Vinciane Despret : "Vieillir c’est ne plus être le centre du monde et ça change le monde !
Barbara Cassin et Vinciane Despret : "Vieillir c’est ne plus être le centre du monde et ça change le monde !
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Pourquoi les mots nous échappent-ils ? Est-ce l’âge, la mémoire qui flanche, ou notre époque qui nous désapprend peu à peu à chercher nos mots ? Les philosophes Barbara Cassin et Vinciane Despret s'intéressent à ces mots qui se dérobent, disparaissent, puis parfois reviennent par des chemins inattendus. Derrière ces petits ou grands oublis se dessine une réflexion sur notre rapport au langage, à l'heure où les machines pensent et se souviennent à notre place. Mais aussi sur le vieillissement, sur ce qu'il transforme dans notre rapport à nous-mêmes et aux autres, et sur cette liberté nouvelle que l'on découvre parfois en prenant de l'âge. Barbara Cassin signe « Les mots qui fuient » (Flammarion) et invite plusieurs personnalités à échanger avec elle dont Vinciane Despret. Les deux intellectuelles étaient les invités de Pascal Claude dans le podcast Dans quel Monde on vit pour un dialogue inédit.
Pascal Claude : Vous vous intéressez aux mots qui s'échappent, qui nous échappent. Pouvez-vous nous parler de ce qui s'est passé, ce jour où vous étiez en Corse face à la mer ?
Barbara Cassin : Oui, j'étais seule. J'ai un lieu en Corse où je ne vois rien d'autre que la mer et où je perçois que la terre est ronde et que le ciel est une voûte. D'habitude, je me parle à moi-même. Et là, je n'avais plus de mots pour me parler. J'avais un seul mot qui venait tout le temps, un seul substantif, qui était "Indiarubber". C’est très joli parce que ça veut dire "gomme" mais c'est en même temps une gomme excentrique, une gomme arabique.
D'où venait-il ce mot ?
Barbara Cassin : Je ne sais pas. C'était une gomme. Peut-être que c’était que tout était gommé, mon langage était gommé, les mots étaient gommés.
Ça vous a inquiété ?
Ah non, ça m'a fait plaisir plutôt. C'était une très belle expérience. Mais ce n'était pas la première fois que les mots me manquaient. Mon premier souvenir de mots jetés comme ça, c'était quand j'ai enterré ma mère. J'ai eu l'impression que j'enterrais avec elle tout un pan de mon langage et je lui ai dédié ce pan qui allait dans la tombe. C'était un cadeau, comme un énorme bouquet de fleurs. Et les mots sont revenus lorsque j’ai écrit un poème en son honneur, quelques mois après sa mort. Et ce n'était pas n'importe quels mots. C’étaient les mots qui ne dépendaient que d'elle, je peux dire. C'est-à-dire des mots de maman, de cuisinière, de femme de ménage.
Comment faire revenir les mots ? Comment faire revenir un nom, un prénom ?
Vinciane Despret : Ça peut dépendre. C'est vraiment au cas par cas. Quand Barbara m'a parlé de ce projet, j'ai utilisé toutes les situations où je perdais des mots en me disant, "Tiens, comment je les retrouve ?" Par exemple, j'ai remarqué, grâce à Barbara, que tous les mots qui étaient liés à la vie âgée et à la mort, "thanatopracteur", "taxidermiste", je les perdais. Le mot "viager", par exemple, je n'arrivais pas à le retrouver. Donc, je me suis dit que c’était dans un tiroir juridique que j’allais le retrouver. Et puis je n'ai pas réussi à le retrouver parce que le mot "emphytéote" prenait toute la place dans le tiroir. Mais dans l'après-midi, j'écoutais la radio et il y a quelqu'un qui a dit le mot "viager". Et je me suis dit "ah, le revoilà". J’évite généralement d'aller googler mon téléphone pour les retrouver parce que ça m'amuse vraiment de les retrouver, il faut un peu de patience parfois.
Dès l'ouverture du livre, vous insistez pour dire que l'oubli des mots, ça n'est pas seulement un problème de vieillesse, un problème d'âge, mais également d'époque…
Barbara Cassin : Oui. Le fait que le savoir soit externalisé, déjà. C’est externalisé dans Google, dans l'intelligence artificielle. Vous pouvez tapoter et s'il vous manque quelque chose, vous allez le trouver. Ce que j’appelle le langage étiquette, c'est-à-dire "un verre, une table" etc., ce n’est plus très intéressant. C’est facilement substituable parce qu'il y a des machines pour vous donner les étiquettes. Là où ça commence à devenir vraiment génial, c’est quand on se demande quel est le langage qui reste ? Quelle est la manière de parler qui reste ? C'est le poème, c'est la poésie.
Ouf, que les vieux ne soient pas les seuls à descendre dans la rue. Ouf que les réacs de tout poil ne soient pas les seuls à descendre.
Barbara Cassin
Vous suivez toutes les deux les actions des jeunes en France et en Belgique. Vous avez des mots pour qualifier ce mouvement ?
Barbara Cassin : Eh bien…ouf! Ça serait mon mot. Ouf, que les vieux ne soient pas les seuls à descendre dans la rue. Ouf que les réacs de tout poil ne soient pas les seuls à descendre. Pour moi, c'est super important qu'à l'âge du lycée, on soit en colère contre des choses qui ont l'air non seulement d'aller de soi, mais d'être insoulevables. C'est insoulevable, le climat. C'est insoulevable, la pauvreté. C'est insoulevable, le racisme. Il faut une force aussi violente que celle de la colère pour pouvoir le soulever.
Est-ce que ça ressemble au mai 68 auquel vous avez participé, d'une manière ou d'une autre?
Barbara Cassin : Je ne suis pas sûre parce qu'il n'y a pas de De Gaulle derrière. Mai 68, c'était aussi un ras-le-bol de De Gaulle et de toute une classe, de toute une parentèle, de toute une génération. Là, c'est possible aussi qu'il y aille de la génération, mais il y va quand même du concret du monde. Il y a des choses aujourd'hui qui n'étaient pas envisageables en 68. Par exemple, le péril climatique, ça, ça n'était pas envisagé ni envisageable, sauf par quelques rares en 68. Et la différence, je crois, c'est qu'en 68, on s'est rendu compte qu'on pouvait faire de la politique quand on était jeune. Ici, je crois que les jeunes le savent déjà et ils en font. Donc, pour moi, c'était tout nouveau, ça. Et c'est à partir de 68, et après Mitterrand, que je me suis mise à voter.
Que peut la colère selon vous ?
Vinciane Despret : Les lycéens, ils montrent ce que peut la colère. Et je ne sais plus si c'est un journaliste ou un philosophe qui a dit que dernièrement, le gouvernement devrait faire gaffe parce que quand les lycéens s'y mettent, c'est en général qu'il y a des choses qui doivent changer.
"Qu'est-ce que la liberté de vieillir fait au langage?" Question que pose Barbara Cassin, en ouverture du livre. On se libère de quoi en vieillissant ?
Vinciane Despret : On se libère d'abord du regard d'autrui. Il vaut mieux, d'ailleurs. C'est une question de survie. J'avais une de mes amies qui était très belle quand on était au lycée, que j'ai revue quelques fois. Quand elle a eu 50 ans, elle m'a dit "Tu vas voir, on devient invisible". Et elle avait raison. On ne se retourne plus sur vous dans la rue. Et parfois même, on vous bouscule. Il y a une forme d'invisibilisation, surtout des femmes. Et puis, à un moment donné, vous vous rendez compte que cette invisibilisation, elle s'accompagne d'énormément de liberté. On n'attend plus trop de vous. On n'attend plus de vous d'être belle. On n'attend plus de vous une forme d'élégance presque contrainte. On n'attend plus de vous les mécanismes de séduction qu'on est un peu obligé de mettre en place, le sourire, etc.
Vous vous êtes libérée en vieillissant ?
Barbara Cassin : Moi, je ne me suis libérée de rien.
Vinciane Despret : Toi tu étais déjà libre. (rires) Barbara était une femme vraiment libre depuis très longtemps.
Vinciane Despret, vous racontez dans le livre que vos copines disent que pour elles, vieillir, c'est terrible parce qu'elles voient leur faculté diminuer. Vous écrivez : "Mais ce qu'elles voient, c'est uniquement ce qui diminue. Elles ne voient pas ce qui est en sourdine, qui grouille sous la surface et qui fait qu'on a par moment des capacités d'être heureuse un tout petit peu meilleures". Vous sentez que vous êtes plus heureuse en vieillissant ?
Vinciane Despret : Oui mais parce que pour moi, perdre des capacités, ça n'a pas été vraiment problématique. Mais j’ai des copines qui sont des très bonnes coureuses de fond, qui font du sport, qui font des trucs extraordinaires. Moi, ce que j’aime bien, c’est écrire. Alors peut-être que j'écrirais un peu plus lentement. Et ce n'est peut-être pas plus mal. Je vois que j'y gagne à écrire plus lentement, à être un peu fatiguée. Parce que ça m'oblige à m'arrêter, alors qu'avant, j'écrivais comme une furieuse.
Et donc, vous écrivez de meilleurs textes ?
Vinciane Despret : Pas forcément, mais en tout cas, j'ai plus de plaisir à les écrire que de les écrire dans cette espèce d'excitation. Cette excitation, c'est vrai qu'elle était formidable, mais maintenant j'ai un rapport un peu plus paisible à l'écriture. Le minimum que j'exige, c'est de pouvoir me dire, "je ne fais pas du plus mauvais".
Vous partagez cette expérience Barbara Cassin ?
Barbara Cassin : Ce qu'il y a de sûr, c'est qu’ aujourd'hui, j'ai l'impression de n'avoir rien à prouver. Mais il y a quand même un point, c'est-à-dire les capacités physiques. Moi, je me suis toujours senti une chèvre. Je pouvais aller de rocher en rocher sans me casser la gueule. Pour moi, c'était très important. Et ça, je me méfie de moi-même, je regarde où je pose mon pied. Ça, c'est nouveau. Et ça, c'est désagréable. Il va falloir que je puisse tenir compte du fait de ne plus être une chèvre.
Vous dites que vieillir, ça serait aussi ne plus avoir le sentiment d'être le centre du monde. Est-ce que c'est agréable ?
Barbara Cassin : Je ne sais pas si c'est agréable, mais ça change le monde en tout cas. Même le monde des autres par rapport à moi. Ça change aussi le monde de mes enfants, de mes petits-enfants, etc. Ils sont respectueux, gentils, mais je ne suis pas le centre. Les fils qui se tissent ne partent pas de moi. Quand je me représente dans ma famille autrefois, tous les fils partaient de moi. Il fallait que je les soigne, tous ces fils. J'adore mes petits-enfants et j'envoie sûrement des fils. Mais qu’ils arrivent ou ils qu’ils n'arrivent pas, ce n'est pas grave.
Est-ce que la mort, votre propre mort, c'est quelque chose qui vous angoisse ?
Barbara Cassin : Angoisse, ce n'est pas le bon mot. Je dirais que c'est quelque chose qui m'attend.
Vinciane Despret : Moi, j'ai eu très peur de la mort à la mort de ma mère. J'avais peur de mourir parce que je ne voulais pas laisser mes parents qui avaient déjà perdu deux enfants et dont j'avais vu l'immense chagrin. Mais une fois que ma mère est morte, alors que mon père était déjà mort, je me suis rendu compte que je pouvais mourir et que ça ne concernait plus que moi. Et puis, il y a eu deux trois choses qui m'ont rendu pleinement heureuse et qui m’ont fait penser, "Tiens, j'ai fait tout ce que j'avais envie de faire, même si j'ai encore envie de faire des choses". Et à ce moment-là, la peur m'a quittée. Je me suis dit que j’avais vraiment eu une belle vie. Elle n'est pas finie, j'espère. Mais ce sera sans remords en tout cas. Peut-être avec quelques regrets, mais sans remords.
► Retrouvez l’intégralité de cet entretien en podcast ci-dessus ou via le player ci-dessous.
Barbara Cassin et Vinciane Despret : "Vieillir c’est ne plus être le centre du monde et ça change le monde !" https://www.rtbf.be/article/barbara-cassin-et-vinciane-despret-vieillir-c-est-ne-plus-etre-le-centre-du-monde-et-ca-change-le-monde-11811844
mercredi 4 novembre 2026
Ce mois de novembre, l a librairie Par Chermins propose à la vente
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vendredi 30 octobre 2026
Isabelle Martin sera en dédicace pour nous présenter son livre sorti récemment : A...E...I...O...U...:
lundi 26 octobre 2026
Club de Lecture " Des Livres émois " à Forest ce 25 septembre à la Librairie PAR CHEMINS :
Ce dimanche 25 octobre : 9 participant.e.s enthousiastes pour partager des coups de coeur littéraires :
dimanche 25 octobre 2026
vendredi 23 octobre 2026
A la Librairie PAR CHEMINS ce 29 octobre 19h : Rencontre avec Eliza KORCZAK autour de" L'enfant, un individu"
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."Grand bien vous fasse ": Le club des lectures qui font du bien...
| France Inter
Le club des lectures qui font du bien.
Ce matin, c’est le book club d’octobre, le club des lectures qui font du bien à notre intelligence et à notre sensibilité…
Des livres pour s’extraire de l’actualité toujours aussi anxiogène, à déguster avec une bonne tasse de thé ou de chocolat chaud…Comme l’écrit si bien Montesquieu « Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie ».
Avec nous ce matin le libraire Sylvain Jédrézac, les journalistes, Christine Christilla Pellé-Douël, Bruno Corty et Christine Ferniot.
Ce sont les Bel Ami et Emma Bovary du vendredi, Thibaut de Saint Maurice, chercheur en philosophie et Guillemette Odicino, cheffe de rubrique cinéma à Télérama…
Les recommandations du club de lecture :
Christilla Pellé-Douël, journaliste et critique littéraire, autrice de Ces livres qui nous font du bien (Marabout) :
- Un cœur anarchiste de Frédéric Schiffter aux éditions le Cherche Midi.
- Les amants de la Red River de Louise Erdrich aux éditions Albin Michel).
- Je me demande pourquoi on ne peut pas dire non tout simplement de Holly McNish éditions Le Castor Astral
- Un poche pour rire : La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole (10/18)
Sylvain Jedrezak, libraire au Pavé du Canal à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines)
- Le mainate de Luc-Michel Fouassier aux éditions Julliard. Et du même auteur Les pantoufles aux éditions Folio
- La chance rouge de Damien Igor Delhomme aux éditions Agullo.
- Dans l'impossible bleu d'Helene Cadou aux éditions Bruno Doucey :
- Un poche pour rire : A quatre pattes de Miranda July aux éditions Folio.
Bruno Corty, journaliste littéraire, rédacteur en chef du Figaro. Auteur du Dictionnaire amoureux de la littérature américaine aux éditions Plon**
- le Dictionnaire amoureux des chiens de Stéphane Hoffmann ( Plon).
- la nouvelle traduction de " L'Atteape-coeurs" de Salinger ( La Table Ronde)
- le roman de Jean-Pierre Montal " La peau neuve" ( Seguier).
- Un poche pour rire : la réédition de Brautigan " Willard et ses trophées de bowling " aux éditions Bourgois.
Christine Ferniot journaliste et critique littéraire, spécialiste du polar et collaboratrice à Libé Polar sur Libé.fr.
- Burn de Peter Heller chez actes sud
- Une tombe pour deux de Ron Rash chez Folio
- La cucina kitsch d’Alessandra Pierini aux éditions de l’Epure
- Un poche pour rire : la pentatonique du cœur de Marcus Malte chez Libretto
mardi 20 octobre 2026
Notre prochain Club de Lecture à Forest ce dimanche 25 octobre :
Notre Club de Lecture " Des Livres émois " invite à venir flâner au cœur de Forest dans un lieu stimulant, solidaire, en phase avec nos valeurs et nos objectifs : la Librairie Par Chemins, une petite librairie associative située rue Berthelot 116 à Forest . Animée par des membres bénévoles, elle propose une sélection de livres neufs et d’occasion, parmi lesquels nous nous réjouissons de nous réunir un dimanche par mois.
ce dimanche 25 octobre 17h à 18h30
Le Club c’est l'occasion de se rencontrer et d’échanger autour d’un livre en partageant ses coups de coeur littéraires : Chacun.e. choisit de présenter un livre, ou simplement d’écouter, suivant son envie du moment
"Ecouter lire pour (se)découvrir, se laisser guider, s'orienter ou se perdre
Entrée libre mais merci de confirmer votre présence : asblpasmoi@gmail.com
mardi 15 septembre 2026
Notre prochain CLUB de Lecture à la Librairie PAR CHEMINS à Forest :
Notre Club de Lecture " Des Livres émois " invite à venir flâner au cœur de Forest dans un lieu stimulant, solidaire, en phase avec nos valeurs et nos objectifs : la Librairie Par Chemins, une petite librairie associative située rue Berthelot 116 à Forest . Animée par des membres bénévoles, elle propose une sélection de livres neufs et d’occasion, parmi lesquels nous nous réjouissons de nous réunir un dimanche par mois.
ce dimanche 27 septembre de 17 à 18h30
Le Club c’est l'occasion de se rencontrer et d’échanger autour d’un livre en partageant ses coups de coeur littéraires : Chacun.e. choisit de présenter un livre, ou simplement d’écouter, suivant son envie du moment :
"Ecouter lire pour (se)découvrir, se laisser guider, s'orienter ou se perdre »
Entrée libre mais merci de confirmer votre présence : asblpasmoi@gmail.com
lundi 14 septembre 2026
A la Librairie PAR CHEMINS à Forest ce jeudi 17 septembre :
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lundi 31 août 2026
Club de Lecture de Forest à la librairie Par Chemins ce dimanche 30 aout :
Beau dimanche avec des nouvelles voix et des propositions de lectures diverses et palpitantes pour cette rentrée :












